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décembre 2016

Mobilité connectée, tendances 2017 : soyez sans couture !

Le point de vue de…
Ali Hammami, journaliste au Mobiliste, décrypte pour Via ID ce qui a bougé en 2016 et ce que 2017 réserve pour les nouvelles mobilités.

Si le marché automobile de la voiture particulière neuve a repris des couleurs en 2016, que dire des mobilités connectées, de cette myriade de solutions que certains voient comme les fossoyeurs de l’industrie d’Henry Ford ? Que pouvons-nous projeter sur 2017 ?

2016? Il s’est tout et rien passé

lemobiliste_dp_panorama_autonomy_101020-800x400 Du point de vue de l’observateur des industries de mobilité, l’expression qui représente au mieux l’année finissante est « l’expérience client », la fameuse UX… Rares sont les entreprises déjà établies qui n’ont pas communiqué sur ce point. A croire qu’avec l’outil digital, on aurait découvert l’existence d’une nouvelle espèce : le client. Au-delà de la boutade, la première édition du « festival » Autonomy en confrontation directe avec le Mondial de l’Automobile de Paris est une bonne illustration de ce nouveau dénominateur commun des arguments marketing. Sous la Grande Halle de la Villette, des startups et des vendeurs d’objets roulants plus ou moins identifiés se disputaient l’attention du chaland plutôt bourgeois que bohème. De l’autre côté de la capitale, Porte de Versailles, tout stand ne proposant pas son immersion grâce aux casques de réalité virtuelle passait pour has-been. Pourtant, ces deux événements avaient un point en commun. Ils étaient censés définir ce qu’était à l’automne 2016 la mobilité. Partagée (Blablacar) et ubérisante (Voitures Noires) au Mondial, collaborative (Drivy) et définitivement ubérisante à Autonomy avec…Uber.

Du côté des technologies, on ne peut pas dire que l’année restera un millésime inoubliable en termes de rupture, voire de disruption. A la rigueur, « Android Auto et CarPlay sont désormais présents en natif dans certaines voitures, mais deux ans après les grandes annonces », estime Guillaume Crunelle, Associé responsable Industrie Automobile chez Deloitte. Une manière pour les ogres de la Silicon Valley d’entrer dans les habitacles, certes, mais « l’infotainment n’est pas le nerf de la guerre » ajoute l’expert. La vraie rupture technologique observée en 2016 est, selon Emmanuel Gavache, dans le traitement des données, que l’on ne classe plus dans le fourre-tout Big Data. Le patron d’Eridanis observe un intérêt des constructeurs pour les plateformes IoT, l’Internet des Objets, dont sa société est spécialiste. Le problème, estime-t-il, est que « les constructeurs veulent rester propriétaires des données ». Et de s’interroger : « Que sauront-ils en faire pour le CRM et les services ? »

« l’expression qui représente au mieux l’année finissante est « l’expérience client », la fameuse UX… »

Il semblerait néanmoins qu’un vent nouveau souffle sur l’écosystème (en gestation) des mobilités connectées. Ainsi, Bruno Flinois, fondateur de CLEM (anciennement MOPeasy), juge que 2016 s’est caractérisée par un passage à l’acte dans le monde entier sur la question écologique. Un effet COP21 ? Additionné au Diesel Gate de Volkswagen, les villes ont accéléré le mouvement dans l’étude et les appels d’offres pour des solutions de transports alternatives. En prenant l’exemple de Tinchebray dans l’Orne, où CLEM opère le service Autofree, Bruno Flinois précise : « Cela ne coûte qu’un euro par habitant et par an à la municipalité et permet aux administrés d’accéder à deux Renault ZOE et deux Nissan Leaf ».

Les solutions alternatives de transport qui commencent à s’imposer dans les zones « rurbaines » tendent à s’installer de façon pérenne dans les grandes agglomérations. Le covoiturage sur trajet court, particulièrement domicile-travail, n’est plus une curiosité pour les gestionnaires de flottes, en témoigne la progression exponentielle des usagers du service Wayz-up. Par ailleurs, ces mêmes gestionnaires incluent désormais les mobilités douces à ce qui deviennent leurs mobility policies ou stratégie de mobilité. Les entreprises s’intéressent de plus en plus au vélo à assistance électrique, quand des collectivités du monde entier embrassent le véloimg_0065_0-partage avec enthousiasme. Vancouver, Helsinki et Marrakech ont ainsi déployé des vélos en libre-service grâce aux outils de gestion de Smoove.

2017 ou l’année de la broderie dans les déplacements

Le CES de Las Vegas est depuis cinq ans un baromètre fiable sur ce que constructeurs, équipementiers et startups audacieuses imaginent pour le consommateur en termes de mobilité. Quelques constructeurs escomptent à l’évidence sur « l’effet waouw » que le rendez-vous ultrabranché du Nevada sait créer à la perfection. BMW annonce ainsi la présentation du HoloActive Touch, une sorte d’écran tactile virtuel qui reconnait les mouvements des doigts dans l’espace, ou comment le tableau de bord d’une berline devient celui du « Faucon Millenium » de Star Wars. Toyota promet un nouveau concept-car « qui met en lumière l’importance cruciale de l’expérience utilisateur ». Tiens donc… Par ailleurs, sera présenté le Volkswagen User-ID, censé permettre « l’intégration homogène des Partenaires de Services aux propres services en ligne », pour une nouvelle…expérience utilisateur. Sans préciser ce que cela apportera de plus au déjà existant App Connect.

Le consommateur attend de la connectivité embarquée dans les automobiles plus de sécurité, une facilitation de sa vie quotidienne et de la praticité

mockupiphone6-3ecrans5Pourtant, les attentes des consommateurs sont largement supérieures à l’offre existante sur le marché. « C’est même considéré comme normal », affirme Guillaume Crunelle. Selon les études de Deloitte, le consommateur attend de la connectivité embarquée dans les automobiles plus de sécurité, une facilitation de sa vie quotidienne et de la praticité. Et cela tant pour les véhicules neufs que pour les véhicules d’occasion. Mais pour l’expert, les vrais enjeux seront l’interconnexion des services et la continuité de l’expérience digitale. L’interconnexion devra s’améliorer tant entre véhicules qu’avec les infrastructures. Elle devra apporter un bénéfice indiscutable sur le plan sécuritaire. Bosch l’a semble-t-il compris avec son Integrated connectivity cluster à destination des motards. Ce système d’affichage des informations du smartphone s’adapte à la vitesse du deux roues, ne montrant plus que vitesse et signaux d’alerte à grande vitesse. Le premier équipementier mondial est déjà primé par le CES dans la catégorie « Vehicle Intelligence » pour cette technologie.

Technologie qui va dans le sens du sans-couture, ou seamless en anglais. Passée inaperçue en France, l’annonce du partenariat entre Ford et Amazon Echo pour l’intégration du système est pour Guillaume Crunelle un événement « extraordinairement fort et transformant ». En créant une continuité entre le système de contrôle par reconnaissance vocale des objets connectés de la maison et l’habitacle de la voiture, ce sont les « barrières entre les marques qui sautent », estime-t-il. Par ailleurs, il remarque que les constructeurs automobiles mettent en place des structures suffisamment agiles et flexibles pour collaborer avec le monde digital. Free to Move chez PSA, MOIA plus récemment chez Volkswagen et, d’une certaine manière Renault Mobility, sont des exemples concrets. Mais l’expert de Deloitte s’interroge : « Les investissements seront-ils à la hauteur des enjeux ? »

LDrivy Opena nécessaire transition énergétique et son pendant dans les transports accélèrent à l’évidence la prise de décision dans le choix de solutions alternatives par les pouvoirs publics. Si des municipalités franciliennes réfléchissent à l’impact des travaux du Grand Paris Express sur la circulation, à l’image d’Issy-les-Moulineaux, d’autres s’engagent clairement dans la promotion du covoiturage et de l’autopartage. Bruno Flinois remarque que les six récentes journées de circulation alternée à Paris et dans sa petite couronne, donc de transports en commun gratuits, ont coûté 24 millions d’euros. « Avec ces 24 millions, je vous mets l’équivalent d’Autolib’ dans le reste de l’Ile-de-France », assure-til ! Outre l’autopartage, l’open data suscite d’énormes convoitises. La ville de Nice vient d’attribuer à Eridanis la partie mobilité de sa stratégie Smart City, au nez et à la barbe de mastodontes tels que Cisco, IBM et Orange. Eridanis apportera à l’agglomération niçoise son expertise en base de données pour l’acquisition
nécessaire au Machine Learning et à une gestion intelligente des flux de circulation, grâce à une vision qu’Emmanuel Gavache qualifie d’agnostique.

A l’aune de ce qui a été observé en 2016, il conviendra de surveiller en 2017 :

– La location de voitures entre particulier sans échange de clés (boîtier connecté comme chez Drivy Open)

– L’émergence de nouveaux services proposés au propriétaire d’une voiture en location peer to peer (entretien, maintenance, conciergerie)

– L’acceptation par l’automobiliste de donner accès aux données du véhicule pour de la maintenance prédictive (notamment grâce à la solution Xee)

– Avec l’évolution de la grille des boni écologiques, les ventes de vélo à assistance électrique

– L’évolution des offres de deux-roues électriques à la demande, en free-floating comme Cityscoot et avec chauffeur tel Felix

– Les offres multimodales de mobilité professionnelle (en particulier auprès des plus jeunes collaborateurs, en remplacement de la traditionnelle voiture de fonction)

– L’apparition de solutions de paiement unique, intégrant tous les modes de transports (qu’ils soient en commun ou pas, une sorte de Pass Navigo universel)

– Les appels d’offres des collectivités en termes de gestion des flux de circulation et de stationnement (sur ce point, Parkki et l’agglomération lilloise sont un bon indicateur)

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Cette liste ne se veut pas exhaustive et il y a fort à parier qu’avec la multiplication des alertes à la pollution atmosphérique cumulée aux économies d’échelle chez les entreprises et à la chasse aux déficits publics, d’autres solutions émergeront. A ce sujet, Magdalena Jóźwicka, chef de projet au sein de l’Agence européenne de l’environnement a récemment déclaré : « Pour rendre le transport véritablement durable, nous devons, en tant que société, repenser notre système de mobilité global et rechercher des moyens novateurs pour réduire notre dépendance par rapport aux véhicules. Nous pouvons, par exemple, apporter certains changements tels que l’utilisation de systèmes de covoiturage, le développement de meilleures infrastructures de transport public et l’augmentation de l’utilisation des modes de transport à faible émission ou à émission zéro. » Vœux pieux ?

 

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Publié dans la catégorie : Veille